L’accord de cessez-le-feu et sa mise en œuvre le 19 janvier dernier constituent une lueur d’espoir au Proche-Orient, pour la population palestinienne et pour les otages israélienNEs et leurs proches.
Act Up-Paris n’avait pas produit de position publique claire sur le sujet jusqu’à aujourd’hui.
Au lendemain du 7 octobre 2023, les conditions d’un débat serein et constructif n’étaient pas réunies. Nous voulions éviter de tomber dans l’expression de tropes antisémites ou islamophobes.
Nos organisations sœurs, Act Up-New York et Act Up-London, ont très vite publiquement appelé au cessez-le-feu.
Comme elles, en tant qu’organisation de lutte contre le sida issue de la communauté homosexuelle, nous réaffirmons au moins 3 principes politiques.
La santé, urgence des populations
Comme nous l’avons déjà fait par le passé (contre la guerre du Golfe ou celle menée en Afghanistan1), nous exigeons que l’engagement diplomatique français se concentre sur la mise en place de processus de paix, condition sine qua non pour assurer la santé des populations.
Tous les budgets doivent être fléchés vers la sécurité sanitaire et l’aide humanitaire, plutôt que vers le renfort d’opérations militaires.
Les personnes séropositives vivant à Gaza ont été privées depuis de trop nombreux mois de traitements ARV contre le VIH et, faute de médicaments, plusieurs ont développé un stade sida.2 D’après le ministère de la santé de Gaza, les personnes vivant avec le VIH avaient été dispensés de trois mois de traitements au début de la guerre.3 Or, celle-ci a duré plus de 15 mois, et une fois les hôpitaux détruits, la plupart des séropositifVEs se sont retrouvéEs sans aucun suivi !
Le retour des livraisons humanitaires de 600 camions par jour dans la bande de Gaza doit également signifier le réapprovisionnement en traitements qui permettent de sauver des vies.
Respect du droit humanitaire international
Les bombardements incessants par le gouvernement israélien de populations civiles, la destruction des infrastructures sanitaires, administratives, le blocus imposé sur les médicaments, la nourriture, l’eau et l’énergie ont eu un impact préjudiciable sur la santé.
Les déplacements forcés provoquant sans-abrisme, insécurité et absence d’hygiène, ont favorisé le retour d’épidémies, dont potentiellement celle du VIH-sida. L’absence de contrôle de la charge virale rend la personne non-suivie à nouveau contaminante.
La résurgence d’infections comme la dysenterie, la gale, l’hépatite A, jusqu’au retour de la poliomyélite dans la bande de Gaza, sont autant de catastrophes sanitaires causées par ces conflits et donc évitables.4
La revue médicale « The Lancet » estimait, en juillet 2024, que jusqu’à 186.000 personnes pourraient succomber indirectement de ces maladies et de la malnutrition.5 47.000 personnes sont déjà formellement identifiées par les autorités gazaouies comme tuées, sans compter les disparuEs qui n’ont pu être identifiéEs, ni secouruEs sous les décombres. D’après la revue, l’estimation la plus correcte serait davantage autour de 70,000 personnes tuées.6 L’ajout de ces mortEs directes par armes létales et bombardements aux mortEs par maladie et malnutrition pourrait représenter 7 à 9 % de la population totale de Gaza.
Les Nations Unies et Amnesty International estiment que les méthodes de guerre et les conditions de vie imposées aux PalestinienNEs, particulièremet à la population gazaouie, présentent des éléments caractéristiques du génocide.
Le cessez-le-feu n’est instauré que pour 42 jours, il reste très fragile.
Or, la vie de centaines de milliers de personnes, bloquées et en impossibilité de fuir, en dépend.
Cette situation nous inquiète d’autant plus que les processus de déshumanisation persistent, y compris par l’asymétrie des représentations médiatiques. Par exemple, les otages israélienNEs libéréEs ont des visages, des noms, des familles quand des prisonnierEs palestinienNEs sont indistinctement présentés comme « terroristes » ou qualifiés de « sauvages » voire « d’animaux ». »
Non au pinkwashing, pas en notre nom
De nombreuses voix juives, aux Etats-Unis, en Europe, et en France, ont exigé un cessez-le-feu.
Elles ont clamé leur refus des massacres consécutifs aux atrocités commises le 7 octobre 2023 sous le slogan : « not in our name ».
De la même manière, de nombreuses minorités sexuelles et de genre expriment depuis longtemps leur solidarité avec les PalestinienNEs et refusent le pinkwashing.
Cette stratégie de communication ne vise qu’à conférer à Israël une image progressiste, protectrice des femmes et des LGBTQI+, en contraste avec une société palestinienne accusée dans son ensemble d’être conservatrice et rétrograde sur ces sujets
Les militantEs LGBTQI sont dès lors affubléEs de qualificatifs déshumanisants : des « dindes soutenant Noël » ou bien des « chicken for KFC ».
Nous rappelons ce principe essentiel : jamais la lutte contre les LGBTQIphobies au sein de la société palestinienne ne peut servir de prétexte à la violence et de justification aux bombardements.
Le meilleur moyen de lutter contre ces discriminations est de soutenir les organisations queers palestiniennes comme Al Qaws7 ou ASWAT8 .
En tant qu’organisation féministe, nous réaffirmons l’évidence de la condamnation de toutes les violences sexuelles et de genre.
D’où qu’elles proviennent.
Nous condamnons tous les viols de guerre quelle que soit l’identité des victimes et des auteurs.
Nous refusons l’instrumentalisation des luttes féministes qui, au nom du « sauvetage des femmes », servent aussi parfois à justifier des opérations militaires dont les femmes et les enfants demeurent les premières victimes.
Nous exigeons :
- Le maintien du cessez-le-feu entre toutes les parties
- La libération de tous les otages et de tous les prisonniers
- L’égale citoyenneté entre tous les résidents d’Israël / Palestine, quelle que soit leur identité, que ce soit dans le cadre d’une solution à deux états, d’un état fédéral binational ou autre
- Le droit au retour de touTEs les réfugiéEs et le droit d’asile pour les victimes contraintes de fuir les violences
1. Sida, l’autre guerre https://www.actupparis.org/